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  Centre d'Elaboration de Matériaux et d'Etudes Structurales
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Microstructure & comportement à chaud d’alliages TiAl
Alain Couret, Guy Molénat

Dans la famille des aluminiures de titane, les alliages composés d’environ 50% de titane et 50% d’aluminium (alliages TiAl) font l’objet d’une attention particulière dans le monde des matériaux à vocation mécanique. Ces intermétalliques offrent en effet une possibilité d’allègement des masses des pièces travaillant à hautes températures et donc une opportunité d’amélioration des rendements des moteurs pour l’industrie aéronautique. Leur intérêt résulte d’une faible densité et d’un fort module d’Young qui leur confèrent jusqu’à 800°C des propriétés mécaniques aussi intéressantes que celles des superalliages base-Nickel ou des aciers. De plus, ils présentent les avantages d’une bonne tenue au feu et d’un faible coefficient de dilatation qui permet une maîtrise des jeux. Les limites actuelles à leur utilisation sont un fluage primaire important, une faible ductilité, la résistance à la fissuration et à la fatigue, le coût des pièces, la nécessité de mettre en place des technologies nouvelles pour leur industrialisation.
Dans l’industrie aéronautique, les motoristes sont cependant à un stade de pré-industrialisation pour certaines pièces. Cet effort est soutenu par des recherches de la part du monde académique dans des pays tels que la France, l’Allemagne, l’Angleterre, le Japon, les Etats-Unis ou l’Inde.

Les recherches en cours ont pour but de dépasser les limites évoquées. Le moyen : jouer des larges possibilités de structuration de ces alliages pour élaborer la microstructure adaptée aux propriétés requises pour telle ou telle utilisation. En effet, selon les conditions de refroidissement du métal en fusion ou les traitements thermiques appliqués au métal solidifié, selon les éléments chimiques qui pourront être ajoutés, selon le procédé d’élaboration (fonderie ou métallurgie des poudres par exemple), l’élaborateur peut maîtriser (ou penser maîtriser !) la taille des grains – du monocristal au matériau à nanograins – , leur morphologie, leur homogénéité de répartition dans la pièce, les phases cristallines en présence et leurs pourcentages relatifs, leur répartition spatiale etc… Le physicien peut alors avoir à sa disposition des matériaux qui révèleront des propriétés mécaniques très différentes et des processus physiques de plasticité très variés avec une idée simple à la base : joints de grains, interface et interphases sont a priori autant d’obstacles au vecteur de propagation de la déformation qu’est la dislocation.


Figure 1 : Microstructure lamellaire d’un alliage TiAl.

 

Ne finissons pas sans montrer une microstructure particulièrement spectaculaire et prometteuse : la microstructure lamellaire.

Observée par microscopie électronique en transmission, elle révèle la physionomie suivante : un empilement auto-organisé de cristaux dont une des trois dimensions est extrêmement réduite par rapport aux deux autres (rapport de 1 à 100 typiquement), dont les interfaces d’accolement sont strictement planaires (sur la figure 1 : interfaces perpendiculaires au plan de la figure et verticales), dont les orientations relatives obéissent à des règles très précises et dont les phases cristallographiques sont de deux types possibles, cubique ou hexagonale.

Notre recherche au Cemes   cf. publications [A1-A7]

Par des études antérieures effectuées sur des matériaux modèles, nous connaissons bien les mécanismes de la plasticité des cristaux de phase cubique [A1] ou hexagonale [A2] propres à TiAl. Notre approche expérimentale originale consistant à déformer le cristal à l’intérieur du microscope électronique en transmission (déformation in situ – [A3]) a notamment apporté de riches informations sur la dynamique des dislocations impliquées. La séquence téléchargeable ici présente successivement la dynamique des dislocations dites ordinaires et la dynamique des dislocations dites de maclage (cette séquence comme la suivante sont en temps réel et les grandissements du microscope sont typiquement de 50 000).
Plus récemment, nous avons étudié les microstructures caractéristiques de TiAl. Des études qualitatives sur les fractions volumiques des phases, les répartitions spatiales de celles-ci etc… ont notamment permis de proposer un scénario décrivant les processus physiques en jeu lors du refroidissement, dans l’apparition de la microstructure lamellaire [A4].

En couplant expériences in situ et analyses d’échantillons préalablement déformés (observations post mortem), nous avons aussi pu proposer des mécanismes de franchissement des interfaces par les dislocations [A5-A7]. La séquence vidéo téléchargeable illustre le cas d’une macle se bloquant sur une interface et finissant par générer dans la lamelle suivante une dislocation ordinaire puis une macle. Ces travaux se poursuivent en particulier sur l’analyse du rôle durcissant d’un ajout d’atomes de silicium ou d’oxygène.
Actuellement, nous suivons deux lignes de recherche : une portant sur des essais mécaniques macroscopiques de caractérisation du comportement de matériaux et une autre ayant trait à la mise au point d’une nouvelle voie d’élaboration pour de nouvelles microstructures. Dans les deux cas, nos recherches font appel à la microscopie électronique pour caractériser les microstructures déformées ou les microstructures élaborées.

 

Ligne 1 : Comportement en fluage
  cf. publication [A8]

La tenue au fluage, c’est-à-dire la résistance à la déformation d’un matériau subissant une contrainte constante sur de longues périodes de temps, est une propriété souvent recherchée, par exemple pour les matériaux des pales des turbo-machines qui, en service, sont soumises à la force centrifuge. Afin de tester cette tenue, nous avons monté un ensemble de trois machines de fluage dont deux d’entre elles sont interfacées, offrant un contrôle fin de la charge appliquée et de la température. Nous pouvons alors réaliser en cours d’expérience des sauts de température ou des sauts de contraintes qui permettent d’atteindre un paramètre physique clé des processus de déformation en jeu, le volume d’activation. Actuellement, nous étudions l’évolution de ce paramètre tout au long d’un essai de plusieurs mois afin de pouvoir identifier les mécanismes de dislocations qui contrôlent le comportement d’un alliage TiAl à 750°C. Au préalable, nous avions pu caractériser les différentes types de dislocations impliquées [A8].


Figure 2 :
Courbe déformation (%)-temps (heures) obtenue lors d’un essai de fluage à 750°C sous une charge de 150 MPa et dislocations impliquées (de type 1 ou de type 2) en fonction du stade de la déformation, stade primaire (phase de décélération de la déformation) ou stade secondaire (phase de déformation à vitesse constante.

 

Ligne 2 : SPS

Ce projet s’appuie sur l’installation à Toulouse d’une machine SPS (Spark Plasma Sintering) dite aussi de frittage flash, qui permet d’élaborer des microstructures aux caractéristiques et propriétés tout à fait nouvelles en faisant passer pendant quelques secondes des impulsions de courant très intense à travers la matrice et la poudre du matériau désiré.
Les premiers essais réalisés sur les alliages TiAl s’avèrent extrêmement prometteurs.

Le but est d’obtenir une microstructure fine, homogène et lamellaire afin d’atteindre un bon compromis entre les propriétés à haute température (fluage, oxydation) et celles à température ambiante (ténacité, ductilité). Il s’agira également d’explorer en quoi cet outil d’élaboration pourrait offrir une nouvelle voie de mise en forme d’aubes de turbine, les techniques traditionnelles d'élaboration étant très difficiles à mettre en œuvre sur ces matériaux.

 

Collaborations en cours :

• Département des Matériaux Métalliques et Procédés de l’ONERA (Châtillon) (Marc Thomas, Shigehisa Naka)
• Université de Kyoto (Kyoto-Japon) (Masaharu Yamaguchi, Haruyuki Inui)
• Laboratoire d’Etude des Microstructure (CNRS/ONERA) (Patrick Veyssière, Georges Saada)
• Groupe de Physique des Matériaux (Rouen) (Williams Lefebvre, Alain Menand)
• Bhabba Atomic Research Center (Bombay-Inde) (Jung Bahadur Singh, M. Sundararam)

 

Quelques Références
  • A1. Glide mechanisms of ordinary dislocations in the g phase of TiAl
    COURET A.
    Intermetallics, 9, 899-906, 2001.

  • A2. Prismatic and basal slip in Ti3Al. I- Frictional forces on dislocations.
    LEGROS M., COURET A., CAILLARD D.
    Phil. Mag. A 73, 61-80, 1996.

  • A3. In situ deformation in TEM : recent developments.
    COURET A., CRESTOU J., FARENC S., MOLENAT G., CLEMENT N., COUJOU A., CAILLARD D.
    Microsc. Microanal. Microstruct. 4, 153-170, 1993.

  • A4. Phase transformations in TiAl based alloys
    ZGHAL S., THOMAS M, NAKA S., FINEL A., COURET, A.
    Acta Metall. Mater., 53, 2653-2664, 2005.

  • A5. Transmission of the deformation through g/g interfaces in a PST TiAl alloy :
    I) Ordered domain interfaces (120° rotational)
    ZGHAL S., COUJOU A., COURET A.
    Phil. Mag. A, 345-364, 81, 2001.

  • A6. Transmission of the deformation through g/g interfaces in a PST TiAl alloy :
    II) Twin interfaces (180° rotational)
    ZGHAL S., COURET A.
    Phil. Mag. A, 365-382, 81, 2001.

  • A7. The activation and the spreading of deformation in a fully lamellar Ti-47Al-1Cr-0.2Si Alloy
    SINGH J.B., MOLENAT G., SUDARARAMAN M., BANERJEE S., SAADA G., VEYSSIERE P., COURET A.
    A paraître dans Phil. Mag., 2006.

  • A8. Primary creep at 750°C of Ti48Al48Cr2Nb2 alloys elaborated by powder metallurgy and cast processes
    MALAPLATE J., THOMAS M., BELAYGUE P., GRANGE M., COURET A.
    Acceptée à Acta Metall. Mater., 2005

 

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