À quel(s) monde(s) participons-nous ? Questionner nos pratiques par leurs extérieurs

Jeudi 23 novembre 2023, 11h00, CEMES (café offert à 10h30)

salle de conférence + Zoom 

par Mallory Carlu-Gérémie, physicien*
Membre de l’institut Neuroética Buenos Aires (NEBA)

Il y a ce qu’on met en relief dans les demandes de financement, ce qui doit convaincre de l’importance du programme de recherche qu’on se propose de mener. Il y a aussi ce qu’on présente lors d’une conférence, ou dans un article, qui montre la pertinence des résultats qu’on a obtenus. Sans parler de ce qu’on raconte devant un poster, qui vient justifier à nos pairs la méthode de recherche qu’on se propose de suivre. Enfin, il y a ce qu’on s’échange au cours d’un brainstorm, qui vient infirmer ou confirmer les intuitions qui nous guident.

Il y a ce dont on parle officiellement, les sujets évidemment, éminemment, scientifiques. Et puis, il y a le reste. Il y a ce qui les entoure, ce qui leur donne du sens au-delà des murs du laboratoire, ce qui se partage dans les interstices, en off, peut-être devant la machine à café, dans un canapé, ou autour d’un verre, quand nous débordons de nos rôles de scientifiques pour incarner ceux plus riches et ambigus de personnes.

Il y a les valeurs qui nous portent, mais aussi, et surtout, la manière dont nous les portons, dont nous tentons de les incarner dans nos pratiques quotidiennes. Il y a aussi la manière dont nous négocions collectivement ces pratiques, dont nous organisons et gérons la production et la dissémination de la connaissance. Sans parler de nos représentations du monde présent, passé et futur, des significations qu’elles véhiculent et de leurs manières de nous influencer. Enfin, il y a la question : sur quelle table pouvons-nous poser ces sujets ? Ou, formulé dans une perspective ouverte : à quel endroit pouvons-nous questionner collectivement les mondes auxquels nous participons ?

 

* Mallory Carlu-Gérémie a obtenu son doctorat en physique à l’Université d’Aberdeen (UK) sous la direction du Pr. Politi et du Dr Ginelli. Il a travaillé dans le domaine de la théorie du chaos et a étudié plus particulièrement les exposants de Lyapunov et les vecteurs dans les systèmes collectifs et étendus. Il a ensuite travaillé pendant près de trois ans au laboratoire de neurosciences de Paris-Saclay (NeuroPsi) dans le cadre du Human Brain Project, étudiant et développant des modèles mathématiques pour la dynamique collective dans les réseaux neuronaux.